La cabane de Lili

Un petit coin pour libérer mes mots...

07 mars 2009

Envie d'impossible (ou Soir de garde)

Envie d'une cigarette consumée doucement au bout de mes doigts
Envie d'un cocon de conversations autour de mes oreilles
Envie de le savoir endormi dans son petit lit et de ne pas parler de lui
Envie d'enfouir mon visage dans une brousaille de cheveux
Envie de marcher doucement, de nuit, dans les rues lilloises
Envie de sentir battre mon coeur sous mon manteau

Au lieu de cela, je tricote en écoutant les ritournelles de toysession.

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14 janvier 2009

Tatoum

Notre nouvelle maison à l'état brut, à peine détapissée, pleine de promesses et encore pleine des meubles de son ancienne habitante. Il tend le bras dans sa direction en disant : "tatoum, tatoum, tatoum !" et je réponds : "Oui mon loulou, une horloge". Chaque fois que l'on retourne là-bas il faut la relancer et supporter son carillon tous les quarts d'heure, une petite mélodie ancienne que je n'aime pas beaucoup mais ses yeux brillent tellement... A chaque fois il sursaute "Oh!" et son regard se tourne vers la carillon magique... Un regard plein d'émerveillement vers cette horloge sonnante et trébuchante qui doit lui sembler vivante... Et pour lui, tout ce qui vit mérite de l'attention... Il a dix-huit mois, il est encore tout neuf, le moindre insecte provoque un regard, une question, quelques minutes d'arrêt...

Les déménageurs du dépôt-vente sont là.
-"Il ne reste plus rien ? Il demande avec ses gros muscles et ses yeux d'un bleu à raviver le coeur de n'importe qui.
-"Euh, si le carillon là, elle m'a aussi demandé de vous le donner.
-OK !"
Et ses gros bras musclés décrochent l'horloge du mur et l'emmènent au dehors.

Je vois son visage se décomposer, puis ses yeux me regarder d'un air interrogateur. Je lui dis : "Oui, elle est partie. Elle va voyager". Puis je le serre contre moi et son chagrin semble passer plus vite que mon appréhension.
Les jours suivants il montre le mur et dit : "tatoum, tatoum !"
Puis il oublie.
Mais son amour pour les horloges reste.

horloge

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15 août 2008

Pull pop-corn

Je porte mon pull-pop corn noir, celui qui me suit depuis la seconde, je suis à la fac. Il fait humide et chaud dans la R5 rouge. Dehors il pleut, il tonne, un orage. Je suis jolie, je le sais. Mes cheveux blonds sont doux et coiffés avec soin... J'avais le temps à cette époque de les coiffer, de les parfumer, que pouvais-je faire d'autre...

L'été se termine, la chaleur s'en va et mon amour pour lui aussi. Je commence à remarquer ses défauts et puis, tout est si fade. On ne dit rien, il n'y a plus grand-chose à dire. Le temps des conversations à la pelle, à la tonne, le coeur plein et battant est passé. Les sentiments s'étiolent, s'étirent et s'engourdissent. Peut-être que l'on a jamais été amoureux, ça n'a pas l'air très grave...

On prend le temps d'en finir en mangeant des frites, c'est un flamand il adore ça. L'eau coule sur le pare-brise et une vielle cassette dévide son contenu dans les baffles de la voiture.


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07 juillet 2008

Boucles d'oreilles

Aux boucles d'oreilles je reconnais qu'il s'agit d'un Almodovar, je ne sais pas le titre du film, il est bientôt fini... Je regarde l'heure et sais que demain je serai fatiguée, impatiente et migraineuse... Pas la meilleur forme pour revoir mes beaux-parents... Les scènes s'enchaînent avec le rouge du sang, la musique espagnole et les cris des femmes... Je ne sais pas ce que j'attends à cette heure accoudée au bureau au lieu d'aller me coucher près de ceux qui m'aiment vraiment.

Une soirée comme beaucoup d'autres à regarder les petites heures filer sans contrôle, à zapper pour rire ou pleurer des petites bribes de vie d'autres gens.

Tout-à-l'heure, j'étais miraculeusement seule, l'appartement était vide et je profitais de ce temps rien qu'à moi... J'ai remis mes boucles d'oreilles, j'ai dû forcer un peu, ça faisait longtemps... J'ai repensé à ma mère qui disait des femmes maquillées et "décorées" qu'elles ne valaient pas mieux que des sapins de Noël... Peut-être que je ne vaux pas mieux qu'un sapin de Noël mais avec mes boucles d'oreilles je me sens un peu plus légère et si je le pouvais j'y ajouterais un peu de rouge à lèvres, un zeste de far, du mascara et pourquoi pas un bracelet et un sautoir...

Le film se termine, des gens sont morts et un autre va naître... La vie selon Almodovar... J'aime beaucoup ses films, même par bribes.

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24 juin 2008

Solweig

Elle dort dans le lit du dessous et je dois faire attention à ne pas trop bouger avant de m'endormir moi qui d'habitude ne cesse de m'agiter jusqu'à ce que le sommeil m'emmène sur son délicieux nuage. Je sais que je l'énerve un peu alors je ferme les yeux et je retiens mes jambes et mon dos et mes bras. Parfois le soir, alors que tout le monde est enfin couché dans la fameuse chambre des quatorze, elle chante pour nous. Elle chante Dalida à pleine voix, des trémolos au fond de la gorge et on l'écoute et on l'écoute. Assise dans son lit en tailleur, ses cheveux noirs et lisses sur les épaules, ses taches de rousseur sur le nez, ses jolis yeux qui ne peuvent que me troubler.
Lorsqu'elle se tait, de doux applaudissements chuchotent dans le dortoir, assez pour la remercier, juste ce qu'il faut pour ne pas réveiller les enfants qui dorment dans la grande maison après une journée à courir sous le soleil.
Puis chacune fait son nid au milieu des draps propres et les respirations des unes entrainent le sommeil des autres... Jusqu'au petit matin.


Découvrez Dalida!

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12 juin 2008

Chlore et labradors

Je n'y croyais plus jusqu'à ce que le rendez-vous soit vraiment fixé le jour même... La veille on avait tout essuyé, le maillot de bain trouvé à la dernière minute, la grève de la grande piscine olympique, la fermeture anticipée de la petite piscine municipale... On s'était finalement rabattus sur un restaurant qui était très bien mais qui n'avait rien d'aquatique. Et puis avec les amies de mon amour je me méfie des projets et des promesses lancées en l'air telles des bulles de savon. Il y a des gens avec qui on rêve et d'autres avec qui on agit.

Aujourd'hui pas de grève, pas de précipitation, le maillot de bain était déjà dans le sac d'hier et c'est avec un sourire que j'ai vu qu'elle m'attendait, il faisait beau et c'était chouette. Le guichetier était drôle et sympa, un fou-rire passe...  Je l'ai guidée dans ce lieu qu'elle ne connaissait pas et puis on a nagé, nagé, nagé... Et parlé aussi... Côte-à-côte en caquetant et en gloussant comme  des petites mémés. Et celui-là qui nous éclabousse comme un labrador , et celui-ci qui essaye d'impressionner en plongeant mais qui arbore un pelage tel qu'on ne regrette pas la tonne de chlore déversé dans notre pataugeoire...

L'eau me régénère... Presque un an et demi que je n'avais pas trempé ne serait-ce qu'un orteil dans l'eau chlorée... Je me sens forte... Je suis bien là à brasser et à discuter en bonne compagnie, j'ai l'impression de retrouver mon corps, de rassembler mes membres, de masser mon dos et mon esprit. Je pense à peine à mon petit qui est resté là-bas, qui joue avec son papilou et qui va retrouver son papa bientôt... Je le sens fort lui aussi mon petit, je sais qu'il peut rester maintenant loin de moi si je vais nager, je sais qu'il est bien, qu'il a confiance même s'il est un peu triste de me voir partir et très content de me retrouver. Tout ça n'a rien d'artificiel, c'est un chemin qui suit son cours...

La piscine se vide de ses labradors et nous sortons aussi de l'eau tout en retrouvant la terre avec surprise... Quelle démarche nous avons... Allons, allons, il faut réapprendre à marcher maintenant, un peu comme lorsque l'on déchausse les patins à roulettes... La douche bien chaude et les couloirs bien froids, les mots échangés à travers la paroie des cabines, les cheveux secoués, l'allure vérifiée et l'extérieur enfin. La chaleur du soleil couchant, l'impression d'être en harmonie, le soupir de contentement... Les fauteuils grinçants de ma voiture presque de collection, les petites rues qui défilent, le compteur arrêté pour que se poursuive la conversation, la bise et l'au-revoir sur la promesse d'une expérience à renouveller encore et encore... Le retour, les membres engourdis, le bébé, la tétée...

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09 juin 2008

Le vent dans le dos

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Depuis quelques semaines un anticyclone plane au dessus de nos trois têtes, le fond de l'air est doux et les bonnes nouvelles se suivent comme des perles sur un joli collier... On reprend des activités normales : rire, coller des photos, chanter, faire des projets, se promener ensemble d'un coeur léger... A présent entre nous deux il y a un petit qui marche en tenant nos mains, qui babille et qui demande ... un tour de manège. On lui parle de notre future maison avec des yeux pleins d'étoiles, du jardin où les chats pourront enfin se promener nonchalament dans l'herbe et guetter le moineau. On met des couleurs sur les murs de notre prochaine vie, on s'organise déjà et nos rêves éveillés nous empêchent de dormir. Je n'osais plus y croire... Maintenant j'avance en me laissant porter, et je croise les doigts.

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04 juin 2008

Berceuse

La chaleur de notre lit famillial, le petit cri de mon nourrisson de quinze mois qui perce la nuit, le sein réconfortant, le lait à la saveur connue de lui seul, sa douce caresse sur mon bras. Puis la berceuse chuchotée parce qu'il est agité, parce qu'en ce moment elle fonctionne comme une formule magique qui mène doucement mais sûrement vers son sommeil. La berceuse automatique qui se chante comme une prière connue par coeur, ancrée jusque dans l'inconscient... La berceuse qui a résonné dans la petite chambre d'hôpital pendant dix jours, la berceuse qui pouvait lui faire oublier la sonde, la perf, les machines qui sonnent, la lumière du couloir, les pleurs des enfants... La berceuse qui sonnait comme une plainte, me faisant tenir alors qu'ivre de sommeil j'essayais encore et encore de calmer ses pleurs, penchée sur le petit lit-cage auquel il était relié par un enchevêtrement de fils, mon ventre gelé par la barre en métal du sommier alors que je lui donnais à téter comme une louve ne pouvant lui offrir la chaleur de mes bras... La berceuse qui parfois me renvoit à ces souvenirs-là... Les murs blancs, l'angoisse, la chaleur étouffante, la lassitude, la peur, son petit cri rauque à la sortie du bloc, sa pâleur, le goût des larmes, les bleus sur ses petites mains, la froideur effrayante de certains soignants, l'espoir de la sortie, l'envie de bourrasques et de ciel bleu, l'espoir d'un après meilleur.

free music

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01 juin 2008

Amour rentré

Du côté de ma mère, elles sont présentes et fortes au quotidien. Pleines de larmes et de fou-rires, pleines de drames et de sourires. Elles ne sont pas très tendres, elles battent même leurs enfants, elles ne savent pas donner ou bien elles donnent trop, du matériel et de l'argent, pour dire cet amour qui les font suffoquer.

La Mémé qui sort de son soutien-gorge le billet de cent francs pour des bonbons et des joujoux dans un souffle rapide et sec : "Ne dit rien à Pépé, ne dit rien et range ça dans ta poche !". La Marraine qui ne tient pas en place et qui brasse à grands gestes, et qui tousse, et qui pleure et qui offre à regret la poupée demandée. La Maman qui protège et qui couve, qui surveille et calcule, qui achète et achète des vêtements pour sa grande fille de bientôt vingt-six ans.
La table toujours mise à la bonne heure, les assiettes toujours et immuablement remplies, le deuxième service presque obligatoire, le beurre à outrance de la grand-mère qui a manqué pendant la guerre, les gros sacs de bonbons de la marraine qui a dû en manquer c'est certain, les petits plats préparés par Maman a qui je manque assurément.
L'amour maternel à câlins comptés, à caresses mesurées, à bisous esquissés... L'amour maternel brimé qui se sauve par les coulisses pour s'exprimer et éclater enfin par des "je t'aime" lancés comme des ancres au milieu des engeulades.

J'ai eu du mal à comprendre pourquoi, pourquoi cette façon de s'aimer, pourquoi cette façon de m'aimer... Je comprends doucement, je devine les confessions entre les lignes des fausses confidences, j'avance et je questionne, je remonte le temps et l'histoire pour savoir comment est né cet amour clandestin, quels sont les évènements qui ont enfermé cette belle fleur dans son bouton... Le chemin est long mais il me reste encore un peu de temps pour réussir un jour à ne plus être en colère contre celle qui m'a portée et accompagnée tant bien que mal sur le petit chemin clair de l'enfance puis sur celui plus sinueux de l'adolescence et,  peut-être qu'un jour moi aussi je  lui écrirais une lettre pleine d'amour au lieu de lui offrir un bête bouquet de fleurs coupées.

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26 mai 2008

Cousines

Elles sont grandes, je suis trop petite. Je me hausse sur la pointe des pieds, je demande "pourquoi" d'une voix aigüe, j'espionne leurs conversations de jeunes filles, j'attrape des gros mots, des prénoms de garçons, je les supplie de jouer avec moi, je coiffe leurs longs cheveux avec émotion, je rapporte aux mamans, je suis une "cafetière".

Je suis trop petite mais parfois je suis la poupée. On m'habille, on me coiffe, on me maquille. J'ai du vernis rouge sur mes petits ongles ronds, je le mange et ça fait des rayures. Je chavire sur des talons, je mime et je fais rire. On me laisse là avec le rouge à lèvres et je le croque un peu. Deux petites traces de dents accusatrices qui me valent les gronderies de Mémé.

Je suis trop petite et j'attire les caresses autant que les gifles au gré des humeurs et des parodies qui se jouent dans leurs chambres de grandes. Je décrouvre avec elles les dix francs de bonbons payés chez le libraire, le gros sachet multicolore et je mendie une langue, un Malabar, une sucette, un fil à la pomme, une graine de tournesol...

A la ducasse j'ai le droit de choisir ma cousine pour monter en avion, pour tourner en chenille. Elles attrapent le pompon devant mes yeux écarquillés. Elles ont des jupes qui tournent, elles sautent à la corde sans tomber, elles font des tas de bulles de savon en une seule fois... Et elles grandissent.

Le mercredi soir quand j'arrive chez Marraine, elles ne sont plus là ou en coup de vent. Elles parlent "pilule", "soutien-gorge" et "règles". Des scooters pétaradants les attendent à la porte. Je me retrouve alors dans la cuisine avec l'odeur du café et les confidences soucieuses de Marraine à Maman.

free music

Posté par lilinetta à 15:28 - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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