26 octobre 2007
Méga-uretère ou J+4
Complication post-opératoire
Fièvre
Pyélonéphrite
MEOPA
Nouvelle voie veineuse
Perfalagan
Antibiotiques
Sortie différée
J'avais oublié, pourtant je le savais, rien n'est rose à l'hôpital pour moi et pour lui.
19 octobre 2007
Souhaits
Je voudrais "que tout se passe bien" comme disent ceux qui, avec un peu de pitié, caressent la joue du doux bébé.
Je voudrais pouvoir décorer sa chambre d'hôpital avec plein de ballons muticolores.
Je voudrais faire des tas de bulles brillantes pour amuser ses mirettes quand d'ennui, de douleur ou de tritesse il se mettra à pleurer.
Je voudrais rencontrer une pelletée de soignants compréhensifs, tendres, doux, gentils et pleins d'humour.
Je voudrais pouvoir me moquer des infirmières frustrées qui blessent par habitude, par lassitude, par négligeance.
Je voudrais pouvoir rire et mimer leurs manières ridicules, dans leur dos.
Je voudrais pouvoir fabriquer quelques moments inoubliables et drôles pour conjurer le sort.
Je voudrais ne pas connaître la fatigue pendant ce séjour pour le soutenir, encore et encore.
Je voudrais ne lui montrer qu'un visage souriant et sans larmes.
Je voudrais que ma voix ne tremble pas au moment de le confier à ceux qui vont réparer ce que je n'ai pas su finir quand tout dépendait encore de moi.
Je voudrais être forte... mais je suis bien trop tendre.
Je voudrais qu'il n'y retourne plus jamais, après.
Je voudrais que l'année 2007 ne soit plus qu'un mauvais souvenir et que 2008 nous acceuille tous les trois avec chaleur et affection.
Je voudrais retrouver l'insouciance pour lui transmettre ce trésor.
16 octobre 2007
Méga-uretère ou "J" moins cinq
Diagnostic anténatal
Antibioprophylaxie
Echographie
Cystographie
Scintigraphie
Fièvre
Doliprane
Urgences pédiatriques
Pyélonéphrite
ECBU
Puéricultrices
Infirmières
Aides soignantes
Cathéter
Rocéphine
Chirurgien
Opération
Hospitalisation
Prise de sang
Prémédication
Anesthésie
Salle d'opération
Scalpel
Réimplantation
Drains
Suture
Salle de réveil
Douleur
Morphine
Cicatrice
Eponger ses pleurs, calmer ses cris, regagner sa confiance, apaiser son sommeil, l'entourer de nos bras, le faire rire, lui montrer le soleil, la vie... Puis, se reconstruire, colmater nos angoisses jusqu'à la prochaine fois, ou pas.
11 octobre 2007
Le plongeoir
Il s'agit d'un roman. J'ai le titre, la trame, la structure, le rythme, la fin.... J'ai déjà des passages entiers écris dans ma tête mais... Je me sens comme sur un plongeoir à quatre mètres au dessus de l'eau... J'ai la gorge serrée, l'estomac noué, le souffle coupé... J'ai peur de ne pas savoir fendre l'air et l'eau avec la grâce, l'aisance ou l'humour de ceux qui sont passés avant moi. La crainte du placard me tétanise et je ne sais pas si j'arriverais à le terminer. Il y a tellement de choses intimes à dévoiler.
Mais j'ai peur de passer ma vie à regretter de ne pas l'avoir fait. Je n'ai pas envie de finir comme le personnage de ce roman que m'avait prêté Olivia, hanté par ce livre que la vie ne lui avait pas laissé le temps d'écrire.
09 octobre 2007
Le pays
Nicolas et le Doux bébé dorment dans le grand lit, collés sous la douce couette. J'ai démonté l'inutile lit à barreaux, il est rangé sous notre sommier.
Le calme, le presque silence, le bruit de l'horloge, c'est tout.
Je suis censée réviser. Il ne doit pas être loin d'une heure du matin. J'aime la nuit, je me prélasse dans ses petites heures avec sérénité, c'est mon yoga, ma retraite à moi.
Le pays était trop tentant, là sur le bureau. Il était comme un beau champagne doré et pétillant à côté d'un verre d'eau. Je n'ai pas beaucoup hésité, j'ai lu une page de mon cours sur la mondialisation puis j'ai choisi le livre aux douces pages écrues. J'ai fait comme à mon habitude, j'ai lu le début avec délectation et puis, sachant que l'heure tournait trop vite, j'ai attrapé la fin de l'histoire au vol, j'ai lu les dernières pages... Je ne m'en veux jamais de faire comme ça, ce n'est pas l'intrigue qui m'incite à lire, c'est la vibration des mots, le déroulement des sentiments. J'ai souvent besoin de savoir la fin pour revenir au début et savourer l'histoire sereinement.
Je connais la fin, je lirai le reste demain et les autres jours...
Ce livre me fait plaisir, c'est un des derniers que m'a conseillé Nuage avant de partir en voyage je ne sais où pour je ne sais combien de temps. Je ne la remercierais jamais assez pour son intervention dans ma vie par messagerie instantanée.
Je ne sais pas si, à ce rythme, je vais réussir à boucler mon programme à temps. Je sais que je ne passerai pas ma vie à enseigner l'histoire si j'obtiens ce concours, j'espère pouvoir consacrer un peu de mon temps, un peu de ma vie, à écrire... Et peut-être qu'un jour...
Marie, Marion, Nuage... Devant mon impatience elle me disait : "Est-ce que les choses que tu désires n'arrivent pas ? Est-ce que ce bébé tant désiré n'est pas là dans ton ventre aujourd'hui ? On se verra un jour, je ne peux pas te dire quand, mais on se verra..."
Une amie de maman a rencontré un basque il y a deux ou trois ans. Un maçon de soixante ans à qui il manque un doigt. Ils ont préparé une chambre pour les amis du Nord là-bas. Un jour j'irai faire un tour dans ce mystérieux pays que décrit Marie Darrieussecq dans son roman.
07 octobre 2007
Le meilleur des mondes
La nuit est tombée. L'obscurité opaque donne envie de dormir.
Sur l'asphalte lisse de l'autoroute, les voitures glissent sans un bruit. Leurs carapaces multicolores brillent comme des bijoux précieux. Elles filent, se croisent... Un ballet bien rodé.
Les phares et les lampadaires éclairent par points préçis, tout est régulier. Les bandes blanches, nettes, propres, se succèdent à toute vitesse.
Les panneaux publicitaires lumineux, sur les toîts des grands immeubles, annoncent la ville.
Tout se passe comme si nous avions du coton dans les oreilles, même notre vieille 104 ne produit qu'un léger bourdonnement régulier. Le doux bébé dort à l'arrière, sa petite bouche ouverte.
Nicolas rompt le silence :
"-Je n'aime pas l'autoroute.
-Moi non plus, c'est pour ça que je ne le prends jamais sans toi.
-Tu te rends compte, il y a six voies là, c'est super stressant.
-Mmmh, ça ne stresse pas mon père pourtant, tu as vu comme il se débrouille sur l'autoroute ?
-Oui, il se débrouille très bien, on se demande comment il fait.
-En parlant, en se grattant le nez, en nous montrant tout excité la belle voiture qui disparaît derrière...
-En réglant son autoradio
-En plus il aime ça l'autoroute
-Oui, ça l'excite
-Mon père est un homme moderne..............................................Tout est lisse, ça fait bizarre.
-On dirait que les voitures glissent, comme dans ce film de science-fiction, là... Tu sais...
-I.A ?
-Oui.
-Tout est parfait.
-Il ne manquerait plus que la radio soit allumée et qu'elle diffuse en boucle les spots de santé publique :
POUR VOTRE SANTE, MANGEZ CINQ FRUITS ET LEGUMES PAR JOUR... POUR VOTRE SANTE, BOUGEZ PLUS... POUR VOTRE SANTE EVITEZ DE MANGER TROP GRAS, TROP SUCRE, TROP SALE...
-Comme dans...
-Le meilleur des mondes..."
Je repense à ce bouquin que j'ai lu une première fois à 12 ans. J'en avais gardé une impression de grande tristesse. Je l'ai relu plus tard, j'y ai vu l'humour et... l'horreur. Ces gens que la simple idée de maternité, porter un enfant, le mettre au monde et l'allaiter, révulsait. Et je repense à la naissance du doux bébé... Mes besoins les plus élémentaires bafoués, une naissance propre, sans souvenir, un bébé que l'on m'a présenté avec la raie sur le côté, lavé au savon, civilisé.
La tristesse emplie mes yeux... Je regarde les bandes blanches défiler, nettes, propres, parfaites... Qui se brouillent...
04 octobre 2007
Avis
A ceux qui me croisent dans la rue et qui me font un sourire discret pour me dire bonjour, sachez que... je ne vous vois pas !
En effet, je ne peux pas reconnaître un visage à plus de deux mètres, je suis aussi myope que celui qui a écrit Le petit chose, là... J'sais plus son nom...
A ceux-là donc, qu'ils ne se vexent pas s'il ont l'impression que je fais l'indifférente ou pire que je les regarde méchamment, non, je ne vois rien ou alors j'ai cru voir un truc et ça me fais froncer les sourcils, du coup j'ai l'air méchante.
N'essayez même pas de me faire signe dans une voiture, ça ne fonctionnera pas, les reflets sur les pare-brises et les vitres fumées sont mes pires ennemis.
Donc, si vous me voyez errer dans la ville avec une écharpe ou une poussette, ou seule... Et que vous désirez me dire bonjour, le mieux et de faire de grands signes et de parler fort, genre : "Ohéééé, Liliiii !".
Vous passerez peut-être pour des hystériques mais bon, parfois il faut faire des choix.
Non, parce que j'ai cru reconnaître quelqu'un tout-à-l'heure... Et j'ai froncé les sourcils...
02 octobre 2007
Promenades
Mes pieds butent sur cette poussette qui entrave mes pas. La colère fait une boule au fond de ma poitrine. A seize ans, on a autre chose à faire que promener son petit frère. Pourquoi moi ? Pourquoi dois-je être si gentille, si serviable et renoncer à tant de choses ? L'intransigeance de ma mère me donne des envies de meurtre. Elle ne pouvait pas aller le promener, elle ? C'est bien son fils non ? Son attitude me rend folle et ma rage s'amplifie lorsque je pense à lui, dans la poussette, qui n'a rien demandé et qui aurait besoin qu'une mère aimante le pousse doucement en lui faisant de beaux sourires... Pour réparer son départ dans la vie, son manque de mère, son abandon.
Mon regard fait un tour d'horizon. La place du village est pleine de commères qui caquettent et montent en mayonnaise le moindre petit évènement. J'appréhende toutes ces paires d'yeux braquées sur moi et ces langues de vipères qui pourraient raconter n'importe quoi. Que je suis la jeune mère de ce petit qui vient de débarquer du haut de ses seize mois, par exemple. Ces mauvaise paroles que je devine me font baisser les yeux et hâter le pas. Pourquoi ma mère me fait-elle vivre cette épreuve chaque jour de ce long été ? Ai-je quelque-chose à expier ?
Dans les magasins, les caissiers m'appellent "Madame". Que puis-je faire ? Implorer qu' on me laisse encore un peu de ma jeunesse ? S'il-vous-plaît, dites "Mademoiselle" encore un peu !
Sur le chemin, je rencontre des garçons de mon âge, ceux qui font la trame de mes rêves les plus fous, le soir, au fond de mon lit. Ils me regardent passer presque sans me voir, m'adressant quelques sourires, au pire, moqueurs, au mieux, contrits. Je fulmine... Que puis-je revendiquer auprès de celle qui m'a donné le jour ? Que puis-je lui expliquer qu'elle n'écouterait pas ? Je n'ai pas l'âge de promener un bébé, j'ai l'âge de papillonner, de m'amuser, de découvrir les autres, ceux qui m'attirent...
Au cours de ces disputes récurrentes qui m'opposent à mes parents jusqu'à ce que je quitte,enfin, à vingt -trois ans, le terrier famillial, ma voix rauque, étranglée de larmes et de rage crie, demande, exige cette liberté qu'ils ne veulent pas me donner, qu'ils me pennent pour mieux éviter leurs responsabilités.
Mes pieds ne butent pas sur la poussette que j'ai choisie avec soin pour mon tout petit. Je l'ai testée avant, méticuleusement. Je l'ai choisie légère, maniable, élégante, citadine et j'ai bien fait attention à ce qu'il y ait assez de place pour mes pieds, pour mes pas... J'ai choisi une poussette sans entrave.
Dans la rue, je marche doucement , doucement. Je regarde mon petit, je lui parle, je le fais rire, je m'arrête pour l'embrasser, le chatouiller... Je profite du soleil, du vent, du sourire des passants...
Parfois je choisis de "nous" promener en écharpe. J'enroule le tissu tout doux autour de nous deux, j'ajuste, je serre et nous voilà partis... Sur la route, je peux lui chuchoter des mots doux, le caresser, l'embrasser... Il profite du mouvement incessant de mon corps, de mon pas qui accélère, qui ralentit, qui sautille. Il observe le monde à hauteur humaine, il sourit à tous les regards qu'il peut attraper puis il s'endort, confiant. Aucun bruit , même la sirène des pompiers ne peut le réveiller.
Dans les magasins, les caissiers m'appellent "Mademoiselle", je leurs adresse mes plus beaux sourires, je me fais douce, espiègle.
Maintenant j'ai l'âge de promener un bébé et ce bébé me fait l'effet d'un gros ballon d'hélium qui me soulèverait à quelques centimètres du sol, en permanence.
Parfois je n'en peux plus de cette proximité, de ce petit corps collé à moi, je me sens envahie, débordée, saturée, à bout. La simple idée d'une promenade en écharpe me révulse, j'appréhende le corps qui devient lourd, la lanière qui me scie une épaule, l'impossibilité de me retrouver seule, de souffler, d'essayer un habit dans une boutique. Ces jours-là je choisis la poussette.
Parfois je n'en peux plus de cette distance qui nous sépare en promenade, de son regard inquiet lorsqu'une moto passe près de nous, lorsqu'un gros chien aboie, lorsqu'une grand-mère lui pince la joue. Parfois je n'en peux plus de ses réveils en sursaut lorsqu'une voiture klaxonne, de mes caresses réprimées, de mes mots doux qui s'envolent dans le vent, des boutiques innaccessibles à cause des marches, des bordures ratées, des trottoirs trop étroits. Ces jours-là je choisis l'écharpe.


