04 décembre 2007
La clef est dans le pot de fleurs
Elle lui demandait de mes nouvelles. J'étais enceinte. Il lui parlait de moi. Elle lui demandait comment ça se passait, si j'étais fatiguée, si j'avais prévu d'allaiter. Il lui parlait de mes envies, des couches lavables et de l'écharpe. Elle s'étonnait, s'intéressait.
Il me parlait d'elle, de ses questions, de son interêt pour moi, pour mon état de future maman. De sa gentillesse, de sa maladie, de ses peurs, de sa simplicité, si rare chez les étudiants en médecine.
Il a fini par organiser une rencontre, entre sa collègue de stage et moi, sa compagne.
Depuis, on se voit de temps en temps, on s'invite et on parle, on parle, on parle. Elle me pose inlassablement les mêmes questions, sur l'allaitement, les couches lavables et l'écharpe. J'y réponds du mieux que je peux, longuement, en détails. Elle dit : "Plus tard, quand j'aurai des enfants..."
La fois dernière, après une longue période sans se voir, on l'écoute raconter, à la lumière des bougies, sa séparation d'avec son amoureux, ses doutes... Son joli visage s'anime, ses yeux pétillent... Puis elle nous annonce, comme un aveu, en rougissant, son nouvel amoureux, son baroudeur... Je trouve ça émouvant, de la voir rougir ainsi pour un évènement qui n'émeut plus grand-monde aujourd'hui : une rupture suivie d'une nouvelle rencontre, .
On la retrouvera bientôt, chez son amoureux, au bord de la mer, on mangera des moules et des frites puis elle nous montrera dans quel pot de fleurs est cachée la clef... Pour les fois où une envie de plage, de vagues et de dunes nous poussera jusque là-bas, bébé sous le bras.
03 décembre 2007
L'infini
Papa gare notre Visa blanche sur le parking du supermarché.
"-Tu y vas seule ?
-Oui, oui !"
On fait souvent comme ça. Papa et moi, on reste dans la voiture pendant que Maman va faire quelques courses tranquillement.
J'ai compris, il y a peu, en devenant maman, quel intérêt il y a de faire deux-trois courses seule. C'est assez reposant, ça permet de faire le point, de se détendre un peu, de prendre son temps sans être obligée de parler et de surveiller.
Elle sort de la voiture, ferme la portière... Je saute sur le siège avant, Papa monte le son de l'autoradio, on ouvre un peu les fenêtres. Ouf ! De l'air !
Je m'imagine le dire : "Ouf ! De l'air!" en faisant semblant d'essuyer la sueur de mon front enfantin, ma frange repoussée du dos de la main.
Les pieds sur le tableau de bord, je mâche un chewing-gum à la chlorophylle et je contemple le ciel à travers le pare-brise.
Le chewing-gum à la chlorophylle fait partie intégrante de ce moment particulier pour plusieurs raisons :
-C'est pratiquement le seul moment où j'ai le droit d'en mâcher parce que Maman n'aime pas que je mange des bonbons. Là, elle n'est pas là.
- C'est une denrée rare et précieuse le chewing-gum, surtout celui-là, je n'ai pas le droit d'en manger beaucoup car je dois en laisser à Papa, c'est sa réserve pour arrêter de fumer.
-Puis il a un goût incomparable et comble du snobisme, il ne fait pas de bulles, c'est un chewing-gum de grands !
Là, sur le siège avant de la voiture, lieu interdit quand la voiture roule, en mâchant mon chewing-gum de grands, je suis aux anges... Et je discute avec Papa.
Je ne sais pas si c'est le chewing-gum ou mes cinq ans, mais mon cerveau s'amuse beaucoup en ce moment, il me fait poser des questions rigolotes et me donne de nouvelles idées, vertigineuses.
Il n'y a pas longtemps, j'ai demandé à Maman (ok, je ne mâchais pas de chewing-gum et j'étais à l'arrière de la voiture) :
-"Maman, pourquoi je suis née ?"
Ce jour-là, Maman a mal compris la question, je me suis faite rembarrée, assez brutalement :
"-Mais ça va pas bien Lili ? Pourquoi tu es née ? Quelle question ! Tu n'es pas contente d'être là ?
-Euh, si..."
Moi je voulais dire, pourquoi moi et pas une autre... Je venais de prendre connaissance de l'existence des spermatozoïdes, mon petit frère était en route, on m'avait un peu expliqué.
Enfin, là n'est pas la question, le jour du supermarché donc, à l'avant de la voiture avec mon chewing-gum à la chlorophylle, j'ai demandé à Papa :
"- D'où elle vient la Terre ?"
Le voilà qui part dans des explications basiques, le big-bang, l'Univers, la Galaxie, les millions d'années... Et qui me dit que certaines personnes, dont lui, pensent que tout cela est l'oeuvre d'une seule et même personne, Dieu, mais que d'autres personnes n'y croient pas et pensent par exemple que la Terre n'est qu'une cellule d'un organisme vivant beaucoup plus grand.
Cette conversation m'a beaucoup amusée sur le moment et je trouve encore cela très drôle. Imaginons la Terre, une cellule, une cellule de lapin, pourquoi pas. Imaginons une cellule de poil de lapin. Voilà, donc depuis le début on se promène dans le poil d'un lapin immense qui se promène dans une grande prairie sur une planète encore pus grande qui, elle-même, n'est que la cellule d'un muscle de chat qui se promène...
Je lui ai demandé si cela avait une fin, mais non, il m'a répondu non, cela n'a pas de fin, c'est ce qu'on appelle l'infini.
Je m'étonne encore d'avoir pensé tout cela à cinq ans, d'avoir pris conscience de l'infini à cinq ans. Je crois que je sous-estime les enfants de cinq ans, j'ai oublié trop vite. Il y a encore du travail avant que le doux bébé ne souffle ses cinq bougies.
02 décembre 2007
Spasfon, mon ami
Un devoir à rendre ? Quelle histoire ! En deux temps, trois mouvements, hop, ce sera fait... Pas de problème ! J'ai déjà le plan, et tout, et tout... Sauf que...
Pliée en deux sur les toilettes, me voilà encore avec ce mal de ventre terrible qui me prend en traître à chaque fois. Lui seul sait ce qui se passe derrière mon apparente nonchalance. Lui seul sait ma peur de tout ce qui sent, de près, ou de loin, le scolaire. Lui seul sait me réveiller au milieu de la nuit, me faire lever et gémir dans le froid. Lui seul sait me faire réagir.
C'est bon, demain je m'y mets. Je prends une feuille, un crayon et je couche sur cette foutue copie double les premiers mots de ma dissertation, les premiers mots si difficiles à écrire...
