La cabane de Lili

Un petit coin pour libérer mes mots...

31 mars 2008

Trois fous sous la pluie

Il a fait beau toute la journée mais une sieste enfantine de quatre heures parfumée à la compote de pomme nous a empêché de sortir. A présent, le ciel s'assombrit et l'on devine le déluge qui va suivre. Mais l'envie de sortir est trop forte, pour respirer, enfin.
Manteaux, capuche et compagnie, nous voilà dehors. Il est sorti sans peine mon amour qui ne supportait pas la pluie il y a seulement trois ans. Les gouttes commencent à tomber, la voiture démarre. La pluie bat la tôle en rythme et le doux bébé claque de la langue en chantonnant, la musique fait partie de sa vie.
Les lumières de la foire aux manèges, le frein à main qui craque, le bébé calé dans le sling tout contre son papa, c'est parti !
On patauge dans la boue rouge et l'on traque le nounours avec des pinces. Vingt centimes par-çi, vingt centimes par-là, le porte monnaie trépasse joyeusement sous les yeux dubitatifs du doux bébé qui se demande peut-être comment va finir cette mascarade dégoulinante. Les pinces sont trop glissantes et les nounours trop fuyants, la faute à la pluie, la faute à la pluie... On se décide, honteux, à tirer une "corde qui gagne à tous les coups" pour le plaisir d'offrir... tiens, un hippopotame à notre petit coeur.
Le démon du jeu ne nous quitte pas si vite et l'on retourne aux pinces glissantes qui nous livrent enfin le petit rat tant convoité. Le doux bébé exulte en agitant ses peluches sous la pluie battante et s'esclaffe devant le visage inondé de ses parents ravis.
On presse la pas, c'est le déluge, la mousson, les tropiques... Et mon amour a faim ! La grande baraque à friture nous aguiche au loin et c'est avec délectation que nous nous retrouvons tous les trois sous son aile protectrice. Quel bonbon, quel beignet choisir ? Le choix est large mais les croustillons hollandais remportent la lutte... On se brûle les doigts et les lèvres avec excitation. Le doux bébé a pris un coup de vieux, le voilà avec une grande moustache blanche ! D'un baiser baveux je lui rends son enfance que le sucre glacé lui avait volé et je ris en regardant la pluie qui tombe, qui tombe comme de grands seaux qu'on déverse... Le rire gagne mon amour et mon bébé... On a les pieds mouillés, les doigts brûlés et le porte monnaie vide mais le coeur chaud, tendre et doux et fou et doux et fou....

Posté par lilinetta à 22:28 - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

27 mars 2008

Larmes

Tu pleures. Je découpe du tissu. Tu es assis à côté de moi, par terre, une fesse sur le tissu et tu pleures. Tu veux un câlin, tu veux jouer, tu veux mes bras, tu veux de la douceur mais je ne t'offre qu'un visage fermé, à peine un regard. Je veux finir ce que j'ai commencé, j'en ai besoin, c'est important pour moi. Je suis triste pour toi mais je ne peux pas, je ne peux pas... Je ne peux pas te prendre dans mes bras encore et encore... Pas maintenant, je ne veux pas le faire à contre-coeur... Alors je découpe le tissu et j'apprécie le bruit des ciseaux qui coupent, ce crissement grisant malgré tes larmes. Tes petites joues sont rouges, ton visage ressemble à une petite pomme mûre, tu es beau à croquer. Tes larmes font briller tes yeux et  ta peau de pêche, tu es vraiment très beau. Je suis désolée.

Posté par lilinetta à 00:43 - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

22 mars 2008

Mère adj. et n. agité par la crainte d'un danger, l'incertitude, l'appréhension de l'avenir.

Te voilà endormi sur moi, ta tête sur mon épaule, ton nez dans mon cou, tu respires doucement. Aujourd'hui était une bonne journée, pour toi, pour moi, pour ton papa, pour tes grands-parents. Tu as ri, chanté, babillé avec une petite voix sucrée. Tes colères n'ont pas duré longtemps. Il y a juste eu une larme, brillante et jolie sur ta joue, rien de grave, une faim soudaine vite rassasiée. Je savoure cette journée, ce moment unique de ton sommeil amorcé et je prends peur comme à chaque fois que le bonheur me semble ultime. J'ai peur de te voir disparaître, j'ai peur du malheur insondable. J'imagine la chute mortelle, le petit objet inhalé, l'accident de voiture, la noyade... J'essaye de me rassurer mais les images reviennent, la douleur malaxe mon coeur et les larmes me viennent aux yeux. Ton petit visage d'ange figé à jamais et ton petit corps potelé tout habillé de blanc dans cette boîte prête à se refermer. Ta mort possible et imprévisible me terrorise, pourquoi ? Pourquoi alors que le bonheur est là, simple et doux dans cette chambre, dans ce lit, dans cette chaleur de nos deux corps rassemblés. J'en parle à ton papa venu se coucher, il me rassure, mais non, mais non... Il va grandir, apprendre encore et encore, vivre et rire comme aujourd'hui, devenir petit garçon, garçon, jeune homme et homme et puis vieillard. Tu seras morte quand il mourra, ne t'inquiète pas va...

P1100116

Posté par lilinetta à 00:27 - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

06 mars 2008

Sommeil

Il fait encore jour, je n'ai pas sommeil et pourtant je dois dormir car demain "il y a école"... Mes parents ont compté, à ton âge, il faut presque 12 heures de sommeil, allez hop, 20 heures/7 heures, on enfile la nuit sans broncher. Dans me draps propres qui sentent la lessive, je bouge les pieds, je regarde le jour qui se faufile encore à travers le volet roulant... Il y a pourtant tellement de choses à faire dehors par un temps pareil : un tour de vélo, arroser les fleurs assoifées du jardin, jouer avec le chats, regarder les fourmis travailler, discuter avec mes parents, regarder le soleil se coucher, allumer une bougie... Je soupire, je prends un livre et je passe le temps comme ça, à déchiffrer une histoire dans la pénombre, en cachette, jusqu'à tomber de sommeil.

Il fait déjà nuit. Mon Bled me donne des envies de meurtre, indéchiffrable, rébarbatif, exténuant, à me faire détester la grammaire... Je n'ai pas encore fini mes devoirs et pourtant je suis si fatiguée. Envie d'une bonne soupe, d'un bain chaud et de me blottir sous ma couette. Demain matin, Papa me tirera de mon lit et je devrai me lever dans le petit matin glacial, avaler un bol de lait au chocolat qui ira se loger comme une grosse pierre bien lourde au fond de mon estomac, retrouver mes copines dans la cour de l'école, échanger avec elles quelques mots de convenance, regarder le soleil se lever à travers les fenêtres de la classe, lutter contre les vagues de sommeil qui me submergent toute la matinée et pour finir attendre midi dans le concert des estomacs affamés.

Une litanie qui se répète, 10 ans, 20 ans... Tellement de temps à lutter, à s'adapter, à nier mes besoins, mes désirs.

"-Qu'est-ce que tu aimerais faire plus tard ?
-Me lever avec le soleil, me coucher avec lui... Rien de plus, rien de moins."

Posté par lilinetta à 01:47 - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

03 mars 2008

Le cinéma du dimanche

Clap !
Pyjama, pantoufles, poussière,
Un bol de thé froid qui traîne au coin d'un meuble
Un dimanche à ne pas travailler,
A pianoter de-ci, de-là,
Une journée à ne rien faire
A regarder les gens passer
A donner une tétée, puis deux, puis trois
Un tas de linge sale qui monte, qui monte
Un lit défait, un bureau disparu sous les papiers,
Des bisous, des petites danses frénétiques
Le son qui monte le temps d'une chanson
Une feuille de choux sur une plaque d'eczéma
Des crèpes sarrasin-cassonade mangées avec les doigts
Des chats qui s'étirent les pattes pendantes
Un lundi qui s'approche doucement
Quelques résolutions sur un bout de papier
Une lumière qui s'éteind
Un déshabillage à l'aveugle
La chaleur d'un lit bien peuplé
Coupez !

Posté par lilinetta à 01:49 - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

01 mars 2008

Amour

Mon petit garçon
Je sens mon amour pour toi grandir, s'étoffer
Plus riche, plus fort qu'avant
Je n'aime pas te laisser pour aller rejoindre mes livres à la bibliothèque
Je n'aime pas te savoir avec ce chagrin d'enfant qui te cueille au sortir de ta sieste
Ce chagrin si profond que je sais irréparable
Une fausse note au milieu d'un concert harmonieux
Une béance dans une broderie fine
Je sais qu'en ce moment tu as besoin de moi
Pour te construire
Que c'est physique
Que c'est du lait, des bras, d'amour maternel dont tu as besoin
Qu' après ce ne sera plus la peine d'essayer de combler
Mon lait, mes bras et mon amour seront désuets
Sans intérêts pour toi
L'heure sera passée
Il te faudra autre chose
Qu' une présence fidèle est sûre
Il te faudra la liberté et la matière à réfléchir
Il te faudra le silence parfois
Il te faudra les amis, les secrets, l'intimité
Il te faudra l'Amour enfin, celui d'une belle personne que tu choisiras au détour d'un chemin
Tu auras alors de grandes et larges ailes solides pour t'envoler
Loin de moi qui brodera alors
De jolies choses fines pour tes petits
Mes cheveux gris en chignon
Mes mains dans les fils blancs de mon ouvrage
Le soleil sur mon épaule et les plis de bonheur au coin des yeux

Posté par lilinetta à 01:07 - Commentaires [9] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



« Accueil  1