14 janvier 2009
Tatoum
Notre nouvelle maison à l'état brut, à peine détapissée, pleine de promesses et encore pleine des meubles de son ancienne habitante. Il tend le bras dans sa direction en disant : "tatoum, tatoum, tatoum !" et je réponds : "Oui mon loulou, une horloge". Chaque fois que l'on retourne là-bas il faut la relancer et supporter son carillon tous les quarts d'heure, une petite mélodie ancienne que je n'aime pas beaucoup mais ses yeux brillent tellement... A chaque fois il sursaute "Oh!" et son regard se tourne vers la carillon magique... Un regard plein d'émerveillement vers cette horloge sonnante et trébuchante qui doit lui sembler vivante... Et pour lui, tout ce qui vit mérite de l'attention... Il a dix-huit mois, il est encore tout neuf, le moindre insecte provoque un regard, une question, quelques minutes d'arrêt...
Les déménageurs du dépôt-vente sont là.
-"Il ne reste plus rien ? Il demande avec ses gros muscles et ses yeux d'un bleu à raviver le coeur de n'importe qui.
-"Euh, si le carillon là, elle m'a aussi demandé de vous le donner.
-OK !"
Et ses gros bras musclés décrochent l'horloge du mur et l'emmènent au dehors.
Je vois son visage se décomposer, puis ses yeux me regarder d'un air interrogateur. Je lui dis : "Oui, elle est partie. Elle va voyager". Puis je le serre contre moi et son chagrin semble passer plus vite que mon appréhension.
Les jours suivants il montre le mur et dit : "tatoum, tatoum !"
Puis il oublie.
Mais son amour pour les horloges reste.

